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HISTORIA MEMORIAE

HISTORIA MEMORIAE

La Reconstitution historique, l'Histoire Vivante et l'évocation historique dans une approche sérieuse de la restitution visuelle et de l'animation. L'archéologie expérimentale, l'expérimentation, le patrimoine, le jeu de société, le cinéma, le théâtre, le documentaire et le roman historique, la BD... historiques sont aussi abordés.


INTERVIEW... Partie 1 : La BD et l'Antiquité - Silvio Luccisano, Scénariste et Reconstitueur (1)

Publié par Le cédéiste sur 11 Avril 2020, 09:55am

Catégories : #Interviews, Portraits

Aujourd'hui, je reçois un grand et beau monsieur,  Silvio LUCCISANO, Scénariste et Reconstitueur de grand talent. Il nous ouvre généreusement et en grand sa porte pour aborder son travail de scénariste de BD historique.

La 2ème partie de l'interview portera, elle, sur la reconstitution au sein d'AERA, l'association dans laquelle Silvio assouvit sa passion pour l'Antiquité..

Un grand MERCI à Silvio pour sa belle générosité  !

Silvio, bonjour à toi,

1) Tout d'abord, peux-tu te présenter ? Ton parcours...

Je suis né à Paris en 1955 et suis aujourd’hui retraité de la fonction publique. Au niveau professionnel j’ai exercé pendant plus de 15 ans le métier de sapeur-pompier (à Paris), et poursuivi ma carrière comme fonctionnaire parlementaire au Sénat. J’ai donc un parcours quelque peu atypique en ce qui concerne la bande dessinée. Je pratique également l’archéologie depuis plus de 30 ans, au sein de l’association GRAM, le Groupe de Recherche Archéologique Melunais (à Melun), que j’ai l’honneur de présider aujourd’hui.

Passionné par l'antiquité romaine dès l’enfance, je me suis également tourné très tôt vers l’archéologie et j’ai ainsi enrichi mes connaissances en « autodidacte » pendant plus de quarante ans. Amateur de bandes dessinées, j’ai eu l’idée, dans les années 80, d’associer ce médium à l’archéologie pour partager avec le public les nouvelles données de cette discipline. En effet, pour la période antique, le grand public en était encore à certains clichés tous droits venus du XIXème siècle (exemple des Gaulois considérés comme des barbares vivant au fond des bois et attendant l’arrivée des Romains pour accéder, enfin, à la civilisation), alors que la recherche moderne, essentiellement réservée à une élite à ce moment-là, nous montrait les choses autrement.

Un concours de circonstances heureuses m’a permis de publier mon premier album en 2005 – Le casque d’Agris - dans un souci avant tout pédagogique. Réalisé en étroite collaboration avec plusieurs archéologues, cet ouvrage était alors une des rares bandes dessinées restituant le monde antique avec autant de réalisme.

Pour chacun de mes albums, je recherche la bonne documentation et j’essaie de mettre en avant les dernières données de la recherche moderne. Un « cahier pédagogique », comportant plusieurs articles, complète l’album en apportant un complément d’information sur la période historique concernée par le récit.

2) Tu es scénariste. Comment nourris-tu ton imagination ?

De lectures principalement mais aussi de visites de sites archéologiques et de musées. Les échanges également avec d’autres passionnés sont autant de sources d’inspiration.

3) Pourquoi ta prédilection pour la période Antique ?

L’intérêt que je porte à l’Antiquité ne s’explique pas. Le virus, si je peux parler ainsi en ces temps de confinement général, m’est venu à l’adolescence à la suite de la lecture d’un livre « Les grands capitaines », dont je ne me souviens plus de l’auteur. Ce livre racontait la vie et les épopées guerrières de 4 grands généraux de l’antiquité : Alexandre le Grand, Pyrrhus, Annibal et César.

Je me suis alors fortement intéressé à l’histoire romaine, dévorant livres et revues, mais également en découvrant des sites antiques romains durant plusieurs vacances passées en Italie.

4) Comment bâtis-tu tes scénarios ?

Encore une fois, je reviens à l’archéologie. J’estime que pour reconstituer au mieux l’antiquité il faut tenir compte des données modernes de cette discipline scientifique que l’on allie aux sources historiques. Donc, mes scénarii sont bâtis avec et autour de l’archéologie, et pour ceux relatant des faits historiques précis (Alésia, Gergovie, l’année des quatre empereurs…) en tenant compte les sources antiques et les travaux d’historiens. 

5) Comment travailles-tu : Existe-t-il une méthode Luccisano ? Ainsi, visites-tu les lieux avant d'écrire ?

Question à laquelle il est difficile de répondre. Je suis exigeant avec les dessinateurs au niveau des reconstitutions dessinées, mais cela implique que je leur fournisse la bonne documentation. Cette documentation provient de mes recherches qui incluent également les visites de musées st sites archéologiques. Mais, « étant tombé dans la marmite » de l’histoire antique et de l’archéologie depuis plus de quarante ans, j’ai aujourd’hui, en toute modestie, une bonne connaissance de l’Antiquité, ce qui me facilite le travail.

6) Quel est l'image en France de la BD historique antique ? A-t-u connu une évolution depuis tes débuts et aujourd'hui ? Si oui laquelle ?

La BD antique semble avoir le vent en poupe aujourd’hui en France. Il y a bien sûr une évolution depuis les premiers « Alix » de J. Martin, en particulier au niveau des reconstitutions dessinées. Certains auteurs de BD semblent en effet, aujourd’hui, vouloir attacher une plus grande importance à montrer une vision modernisée de cette période. Mais malheureusement, beaucoup d’erreurs sont encore commises.

7) As-tu des contacts avec des archéologues ? Des historiens ? Qu'est-ce que cela t'apporte ?

Oui, bien sûr, je suis en contact régulier avec de nombreux chercheurs et ce, depuis plusieurs années. Nos échanges sont enrichissants et je tiens compte de leur avis dans la rédaction de mes scénarii. Certains d’entre eux m’accordent leur confiance en acceptant de rédiger des articles pour mes « cahiers pédagogiques » mais également en préfaçant mes albums. Le tome 1 du Casque d’Agris a été préfacé par le regretté Professeur C. Goudineau (professeur émérite au Collège de France, titulaire de la chaire des Antiquités nationales). C’était pour moi un honneur.

8) Tu es l'auteur de très belles BD documentaires comme "Agris", "Gergovie", "Alésia", le thriller antique "L'année des quatre empereurs"... Comment l'aventure a-t-elle commencée ?

Je ne sais pas si mes BD sont des « documentaires ». Je dirais plutôt des albums réalistes bien documentés. Ce sont avant tout des bandes dessinées qui se lisent comme des bd classiques. J’apporte un plus à ces albums avec l’archéologie en faisant en sorte que cette dernière soit présente à chaque dessin. Le cahier pédagogique ajouté à chaque album est en effet une sorte de « documentaire » sur la période. Il complète le récit et fourni au lecteur quelques explications supplémentaires. Mais il permet également de « vulgariser » l’archéologie en la mettant à la portée du plus grand nombre de façon simple et ludique ce que ne permettent pas les rapports de fouilles ou les publications scientifiques.

Cette image, en noir et blanc, est liée au nouvel Alésia, non encore publié. Donc un scoop.

9) Quelle évolution il y a-t- il chez toi entre ta première création et la dernière ? As-tu un style particulier ?

Je ne vois pas d’évolution dans mes créations ni un changement de style. J’essai, avant tout, de m’adapter au dessinateur avec qui je travaille car il a son propre style. L’évolution, si je peux me permettre de parler ainsi, est de suivre les avancées de la recherche. Prenons un exemple : dans le premier tome du Casque d’Agris, j’ai représenté l’habitat gaulois avec un revêtement d’enduit sur les façades intérieures et extérieures de façon neutre. C’était la vision générale de l’époque (début des années 2000) mais avec du bel ouvrage et une architecture soignée. Puis, les archéologues ont découvert des fragments de murs peints et décorés en contexte gaulois, ce qui a changé la donne. Depuis, dans tous mes albums, je m’attache à mettre de la couleur sur les murs gaulois.

10) Comment travailles-tu pour te documenter ?

J’ai un peu répondu à cette question au fil des autres réponses. La connaissance acquise depuis longtemps, mes contacts avec le milieu des archéologues et ma documentation sont les principaux éléments qui me permettent d’avancer.  

11) Quel est le plus compliqué quand on fait de la BD historique qui plus est a une valeur documentaire ?

Faire de la BD historique classique est assez simple, mais lorsque l’on veut passer dans la BD historique réaliste, on se doit de respecter cette « réalité ». Par exemple, si un auteur envisage de narrer les aventures d’un soldat de la Grande armée de Napoléon, il ne va pas l’équiper de fusils d’assaut moderne, d’un casque médiéval, d’une vareuse de poilu, etc… ni le représenter évoluant dans un Paris Haussmannien. Ce sont des erreurs que le lecteur d’aujourd’hui remarquerait tout de suite. Il en est de même pour l’antiquité : aujourd’hui nous avons des connaissances, issues de la recherche moderne, qui nous permettent de reconstituer au mieux les équipements militaires et civils ainsi que l’environnement matériel de « nos ancêtres ». Les reconstituteurs en sont un bon exemple, il se servent de ces données pour améliorer leur panoplie et leur matériel de reconstitution et redonner ainsi au public une autre image de ces périodes. C’est ma philosophie en BD ; ce n’est pas parce qu’une épée est antique qu’elle est de l’époque du personnage que nous voulons dessiner. Idem pour la vaisselle, les bijoux, etc… et l’architecture ou il faut veiller à ne pas faire d’erreur (le Colysée ou amphithéâtre flavien, n’était pas encore construit à l’époque de Néron, par exemple).

12) Faire de la BD historique est-il le plus compliqué à réaliser quand on fait de la BD ?

Bien sûr ! Il y a un énorme travail pour réaliser sérieusement une BD historique avec l’exigence de sérieux que je demande dans les reconstitutions dessinées. Énorme travail donc pour les dessinateurs avec qui j’ai travaillé et travaille, car je vérifie chaque dessin et demande des modifications lorsque cela est nécessaire. Mais en amont, mon travail de recherche sur la documentation est également colossal et requiert une attention toute particulière et bien entendu certaines connaissances. Il faut dire que ma pratique de l’archéologie est ici un atout majeur de même que les connaissances que j’ai pu acquérir au fil du temps.

13) Quels sont les avantages et les inconvénients de ton activité ?

Comme je le disais au début de cette interview, je suis retraité. Mais cette activité de scénariste de BD est aujourd’hui pour moi un second travail qui m’occupe à ¾ temps, bénévolement, car en ce qui concerne la rémunération, je ne touche que des droits d’auteurs.

14) Quels sont tes outils de... "créateur" ? Avec quoi travailles-tu ?

Ces outils sont la documentation, dont j’ai parlé plus haut, un peu internet aussi, mais je fais attention car il ne faut pas tout prendre à la lettre sur le web.

15) Quels conseils donnerais-tu à ceux qui aimeraient se lancer ? Quels écueils éviter ? Quelles sont les qualités nécessaires pour faire de la Reconstitution de qualité ?

Le monde de la BD professionnelle est un monde particulier et en parler ici nous lancerait dans un vaste débat. Faire de la reconstitution de qualité au niveau des dessins mais aussi à celui des textes (attention à ne pas employer des mots qui n’existaient pas à l’époque) demande une exigence particulière et une grande attention en plus de quelques connaissances élémentaires.

A SUIVRE -

Silvio LUCCISANO et le monde de la reconstitution historique

au sein de l'association AERA.

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